L'épisode précédent s'achève à mi-parcours du Grand Raid, à la sortie du gros ravitaillement de Cilaos, et à 20 minutes de la mise hors-course. Le 1707 pourra-t-il respecter les délais jusqu'au bout en marchant ? Quelles difficultés va-t-il affronter ? Son organisme tiendra-t-il le choc ? C'est ce que nous allons voir dans ce dernier épisode.
Passage par le ravitaillement, coca, banane, biscuits, café... et pointage. Je sens que ce repos et les massages m'ont fait du bien. Pour sortir du cirque de Cilaos, on descend jusqu'à la Cascade de Bras Rouge puis on remonte la sévère pente (1,7km / 350 D+) vers le départ du sentier du Taibit où nous attend un petit ravitaillement et surtout des lits de camp où je fais un petit somme le temps que le soleil se lève.
J'ai trouvé cette photo sur le net où on me voit émerger de ma sieste.

C'est parti pour la montée du Taibit. Un col qui terrorise nombre de raideurs, mais qui se franchit facilement si on reste régulier. Il permet de passer du cirque de Cilaos au cirque de Mafate. La descente sur Marla se fait en douceur. Le ravitaillement se fait sur le terrain de jeu de l'école. Je m'assois le temps d'avaler une assiette et je repars, direction Trois Roches, que de la descente.

A Trois Roches, ravitaillement marathon (boisson, chocolat...), une ambiance
dancefloor de la part de la poignée de bénévole (chorégraphie sur la musique "Corde à sauter"). Ensuite, c'est une longue succession de descentes et de montées bien raides, dans la chaleur de Mafate. Le paysage est magnifique. Le sentier nous amène à Roche Plate où nous attend là aussi un très bon ravitaillement (photo ci-contre) et de gentils bénévoles.
Pas trop le temps de m'arrêter, il faut monter vers la "Brèche".
Ca se passe plutôt bien, surtout dans les montées, par contre je commence à avoir du mal dans les descentes.

Le temps d'une photo, et je descends vers l'Ilet des Orangers. La descente est très longue avec peu de montées. Je fais le plein d'eau, je mange un bout et c'est reparti vers Deux Bras. Encore une fois, on en prend plein les yeux.
Je ne peux pas aller vite en descente, mes articulations et mes muscles sont fatigués. Je me fais doubler à plusieurs reprises. Peu importe, je rattrape du temps dans les côtes.
Enfin, peu avant d'atteindre la rivière de Deux-Bras, on arrive à la croisée où se rejoignent le parcours du Grand Raid et du Semi-Raid. Désormais, sur le même sentier il y aura des coureurs avec un bracelet jaune au poignet (Grand Raid) et d'autres avec un bleu (Trail de Bourbon). Les bleus qui arrive ici à cette heure-là vise le top 100 de la course, ce qui n'empêche pas d'y aller de leurs encouragements pour les rescapés jaunes.
Sur le bord du sentier, un petit bout de femme encourage, seule, je la reconnais, c'est Marcelle Puy (elle a gagné 5 fois le Grand Raid. Moins de 32h l'an dernier.) On échange quelques mots, et la laisse à ses affaires.
Enfin, la Rivière des Galets, que l'on traverse à plusieurs reprises sur des passages très bien aménagés.

Arrivée au ravitaillement 4 étoiles de Deux-Bras. C'est un nouveau village dans le fond de Mafate, ça grouille de monde. Au fond, on voit la mer et sur le côté les parois qu'il va falloir franchir.
Bénévoles super !
Carri poulet extra.
Massage à 4 mains.
Sieste réparatrice.
Départ, en pleine forme.
La nuit tombe. J'avais imaginé arriver à Dos-d'Ane avant la nuit, mais ce ne sera pas possible. Peu importe.
La traversée du bras de la rivière des Galets s'est faite sans problème, l'organisation ayant tendu une corde en travers du cours d'eau nous permettant de "sauter" plus facilement d'un rocher à l'autre et surtout de passer à sec avant d'attaquer la montée vers Dos-d'Ane.
La montée de Dos-d'Ane, c'est 4,3 km de pente irrégulière pour presque 700 m de dénivelé positif. Après 125 km c'est la bête noire de nombreux raideurs. Mais bon, je la connais par-coeur. Je l'attaque en rythme, en calant ma respiration sur mes pas mais sans jamais m'essouffler. Je sens que je monte vite. Personne ne me double, et je rattrape des bracelets bleus (semi-raid). Au premier tiers de la côte un gars me colle, je le laisse passer et le suis. Nous avons le même rythme. On arrive au passage d'échelle (qui marque presque la moitié de la montée) en 35 minutes environ. Je suis bien concentré dans ma course, pas de douleur, pas de fatigue, je sais que je vais "faire un temps". (Mon chrono de référence est 1h12 à l'entraînement après 20 km. L'an dernier au Trail de Bourbon, je l'ai montée en 1h32.) Nous nous relions avec mon collègue au bracelet bleu, et remontons beaucoup de monde. 1h17. Euphorique, pas une once de fatigue. Mon compagnon de fortune est impressionné. On se félicite mutuellement, s'encourage pour la suite et on repart (lui finira dans les 230 premiers du Trail de Bourbon).
Je ne vois pas Fanny qui devait m'attendre à Dos-d'Ane. Je suis trop en avance sur l'horaire. Elle m'attendra plus bas sur la route. Très content de la voir, je prends quelques réserves mais ne m'attarde pas, tout au plus 5'. Maintenant, il m'attend une très (trop) longue portion de béton. Avant de s'enfoncer dans une forêt peu hospitalière pour descendre dans une ravine et remonter en face (raide, très raide). Ensuite, c'est la descente vers la Possession. Longue descente, ennuyeuse, monotone, sur un sentier dont le seul intérêt est d'avoir une vue panoramique sur Saint Paul et le Port brillants de mille feux.
Arrivé à La Possession, lieu d'un gros ravitaillement, je suis pressé de voir Fanny ma super-assistante.
Je réponds à mes supporters. Même si ça ne se voit pas, ça m'a fait très plaisir d'être encouragé en direct...
Il est temps de repartir de ce bivouac de fortune... merci Fanny pour les quelques massages et le réconfort.
Les métros de Mauguio font le semi-raid, ici à la Possession :
Didier (52° au général, 13° vétéran) et Noëlle (292° au général et 6° vétéran féminine)
Après La Possession, c'est l'enfer pavé du Chemin des Anglais qui m'attend. J'ai détesté cette portion l'an dernier. Cette année, j'ai trouvé un compagnon de route (bracelet bleu) à la sortie du ravitaillement. Un métro, je lui ai dit bonjour, il m'a dit le reste. Nous avons longuement discuté, ce qui a fait passer le temps. On s'est séparé à mi-chemin, mais du coup la portion du chemin des Anglais m'a paru beaucoup plus facile que l'an dernier. Par contre, les descentes sont de véritables calvaires, mes pieds et mes jambes y sont trop douloureux. Je serre les dents.
J'arrive à la Grande Chaloupe, où encore je vois Fanny. Je prends quelques boissons, mais ne m'arrête que le temps de les boire.
Grande Chaloupe, un coca dans une main, une soupe de vermicelles dans l'autre....

... les yeux se ferment un peu, mais ça sent la fin.
Il ne me restera plus en partant du ravito qu'une trèèèèèèès longue montée vers le Colorado et enfin la descente sur Saint Denis.
Je sais, malgré la fatigue, que je vais arriver au bout.
Fanny m'encourage une dernière fois, je ne la reverrai pas avant l'arrivée. Et je repars d'un pas décidé.
Ce final me donne des ailes même s'il me reste encore 4h de courses. Je vais à un train d'enfer...
Je rattrape au début de la montée mon camarade de La Possession qui s'accroche à ma foulée tant bien que mal. Au bout d'une heure le terrain est moins difficile et on discute sans baisser notre rythme. On va se soutenir jusqu'au bout, lui dans les descentes et moi dans les montées. Une belle rencontre.
On arrive enfin au Colorado, cinq minutes de pauses, il nous reste une heure de descente raide et technique pour atteindre l'arrivée. J'ai très très mal aux pieds mais notre enthousiasme est tel que nous accélérons au fur et à mesure de la descente se payant même le luxe de parfois courir. Je serre les dents, après tout, on y est. Les 500 derniers mètres pour rejoindre le stade se font sur la route, les gens sont là pour encourager. On court, vite, que du bonheur, nous sommes tout sourire. Je guette pour voir Fanny. On entre sur le stade, plus que 100 mètres et nous sommes arrivés, c'est le sprint final. On termine main dans la main. Très fiers de nos courses et d'en avoir terminé.
54h 51min 24s ... 846°/2500 inscrits, 311° sénior.
On me remet un papier, un t-shirt
finisher, une médaille, me félicite... je cherche Fanny... Je ne la trouve pas. Je cherche... Pas de Fanny. Je n'ai pu la prévenir de mon arrivée car je n'avais plus de batterie sur mon portable. Tant pis, je vais manger. Chaque
finisher a droit à un repas servi dans le stade.
Enfin, je retrouve Fanny. Elle avait reçu le dernier pointage par sms avec beaucoup de retard, et ayant terminé plus vite que prévu, nous nous sommes loupés. Dommage, mais rien de grave. Le plus important est qu'elle m'ait soutenu tout au long de cette épreuve.
Nous ne nous sommes pas éternisés sur le stade. On a rejoint la voiture. Une fois assis, je me suis endormi au bout d'une quinzaine de mètres.
Autant l'an dernier, j'ai passé les jours suivants la course à manger, autant cette année il me fallait récupérer du manque de sommeil.
Au niveau des petits bobos, rien de particulier à signaler à part quelques ampoules. dès le lendemain, je n'ai eu mal nulle part, pas de courbatures. Par contre mon organisme était un peu affaibli. J'ai repris l'entraînement peu de temps après.
Conclusion : une superbe course. Des paysages extraordinaires. Des bénévoles vraiment sympathiques. Un public chaleureux. La chance d'avoir eu une bonne météo. Bref, à refaire sans hésitation.
Arrivée à Montvert. Dur de sortir de la voiture.


Et voilà, enfin à la maison. Il est temps de prendre une bonne douche et d'aller me coucher.
A bientôt pour de nouvelles aventures...